Psycho-sceptique #3 : psychanalyse, inconscient et pseudoscience

Article en cours de réécriture, une prochaine version sortira dans un avenir plus ou moins proche

Ah, la psychanalyse, sujet bien vaste … Ce troisième article a été compliqué à écrire (ce qui explique entre autres le délai). Il est difficile de parler de cela sans recevoir les foudres de certaines personnes, ou sans créer des problèmes de compréhension générale … Et vu que je vais forcément avoir certains retours assez désobligeants, il est bon de préciser des choses TRÈS importantes.

Premièrement, je ne parle que de la démarche première de la psychanalyse, et non pas de ses partisans. Je ne m’en prends donc pas (et je ne cherche pas non plus, d’ailleurs à m’en prendre) aux psychanalystes. Deuxièmement, je ne cherche pas non plus à ridiculiser les personnes qui vont voir un psychanalyste. Non seulement cela serait contraire à l’éthique des psychologues (cf. article 4 et 30 du code de déontologie des psychologues), mais en plus, cela ne répondrait pas à la question, à savoir « est-ce que la psychanalyse est une science ? ». Et enfin, je ne fais que partager mon point de vue au regard d’éléments scientifiques. Donc si vous avez des éléments scientifiques autres que les miens, n’hésitez pas à les poster (attention, j’ai bien dit scientifiques trois fois).

Ancient Aliens -  PSYCHOANALYSIS
Une entité à part entière

L’incon…Quoi ?

Comme vous le savez probablement déjà, la psychanalyse part du principe qu’une grande part de notre vie (si ce n’est la totalité, d’ailleurs) est dirigée non seulement à un niveau inconscient, mais par notre « inconscient ».

Michel Haar, dans son cours sur Freud écrit cette phrase qui résume assez bien cela : « Toute pensée n’est pas inconsciente, mais toute pensée d’une manière certaine réside d’abord dans l’inconscient » (cf. ce document, à la page 6).

Cela paraît intéressant et potentiellement viable comme hypothèse, surtout que depuis longtemps, nous avons connaissance d’une sphère non consciente. CEPENDANT, l’inconscient décrit par la psychanalyse n’est pas le même que l’inconscient en psychologie cognitive (comme on peut le lire dans ce document dans la partie « un bref historique de l’inconscient cognitif »).

Citons d’ailleurs : « De plus, de nombreux aspects de la théorie freudienne de l’inconscient ne trouvent pas d’écho dans la recherche contemporaine. Tel est le cas, par exemple, de l’hypothèse d’un inconscient pourvu d’intentions et de désirs qui lui sont propres, souvent d’origine infantile, et structuré par des mécanismes de refoulement et de censure. Pour éviter toute confusion avec les constructions théoriques freudiennes, la psychologie cognitive préfère donc souvent au terme d’inconscient les termes plus neutres de non-conscient ou d’inconscient cognitif (Kihlstrom, 1987). »

Mais qu’importe, finalement, on peut avoir plusieurs points de vue qui se confrontent en science, n’est-ce pas ? Et bah … Encore faut-il que la psychanalyse soit une science, et c’est un problème bien épineux … Ce qui nous amène au second point :

sigmund freud - Google Search:
Sorry, Freud …

Psychanalyse, science ou non ?

Sur le sujet même de l’inconscient, William James écrit :

« La distinction entre les états inconscients et conscients du psychisme est le meilleur moyen pour faire croire tout ce que l’on veut en psychologie, et de transformer ce qui pourrait devenir une science en un tas de fantaisies » (traduction de l’anglais faite par moi, donc ça vaut ce que ça vaut, dans principles of Psychology, New York, Holt, Londres, Macmillan, 1890, vol 1, p.163)

Sur ce point (et je ne pense pas me tromper), cela rend malheureusement caduque la psychanalyse. En effet, non seulement elle n’a pas la vision de l’inconscient que nous découvrons de nos jours, mais, elle rajoute de la complexité non nécessaire (notamment via des mécanismes de défense et de censure) pour expliquer les comportements/actions des individus. La science est un processus complexe qui demande du temps et de la vérification. On ne peut pas, d’emblée, considérer un concept vrai, sans que celui-ci passe par une méthode spécifique (à savoir la méthode scientifique, qui n’est pas exempt de défauts, mais, nous n’avons pas trouvé plus sûr).

De plus, elle ne cherche pas à vérifier ses hypothèses, mais à les prouver ; ce qui relève de deux démarches fondamentalement différentes. Ainsi, elle cherche à confirmer ce qu’elle affirme déjà, sans en dévier et quitte à utiliser des concepts incertains. D’ailleurs, Freud explique dans son œuvre qu’il s’attend à ce que beaucoup n’adhérent pas à ses propos, du fait même que ceux-là donc sont touchés par les phénomènes qu’il décrit. L’ennui est alors que ses propos deviennent irréfutables, outre qu’ils ne puissent être testés, ils ne sauraient être contre-argumentés, tout élément faisant selon l’auteur preuve de ce qu’il affirme.

Il écrit par exemple, à propos de l’interprétation des rêves : « Soyez certains que lorsque vous refusez de donner votre acquiescement à une interprétation correcte d’un de vos rêves, les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure et à la déformation et rendent l’interprétation nécessaire. » (Dans Introduction à la psychanalyse, 1921, p.149).

Et ce n’est pas tout. Non seulement nous serions mus par ces phénomènes excessivement complexes non vérifiés (et non vérifiables, pour certains … ce qui n’aide en rien à leur valeur scientifique), mais en plus, ils se construiraient presque uniquement dans l’enfance (ce qui complexifie encore la démarche), les problématiques actuelles faisant inexorablement écho à cette période (quitte à lui rattacher l’ensemble des pathologies mentales) aux dépens de la suite du développement de l’individu.

Avant que l’on me rapporte quelque chose que je ne dis pas, oui, l’enfance a une influence cruciale dans la construction de la personne (notamment pour l’attachement), mais, elle ne peut pas, à elle seule, tout expliquer non plus (en outre, alors que les référentiels théoriques se distinguent nettement, il faut faire attention à ne pas confondre l’attachement d’un point de vue scientifique et sa lecture psychanalytique).
Prenons l’exemple d’une personne qui a connu les horreurs de la guerre à 35 ans, s’il survit et reste dans un état de Stress Post-Traumatique (cf. Ce lien), il semble plus raisonnable de penser qu’il souffre à cause de ce qu’il a vécu durant cette période de guerre (cela n’étant qu’un exemple parmi tant d’autres) ; et ainsi de se concentrer là-dessus pour l’aider.

Je dirai même que dans le cadre d’une psychothérapie, nous sommes là pour offrir un lieu d’expression à la souffrance de la personne, et non pas lire uniquement les éléments qui semblent correspondre à notre référentiel (ce qui apparaît comme une difficulté particulière en psychanalyse, rappelons-le).

En psychologie, il nous semble, d’ailleurs, approprié d’utiliser la sphère (ou modèle) biopsychosociale pour essayer de comprendre et d’aider (j’y reviens d’ailleurs à la fin de cet article).

Également, il est intéressant de noter un sentiment particulièrement confus des psychanalystes à l’égard de la science.

À cela, j’ai envie de répondre deux choses.

  1. Primo, en imaginant qu’une discipline soit une science, en aucun cas elle ne serait supérieure (ou inférieure) aux autres, ou à la science en elle-même. Il n’y a pas de supériorité dans les sciences, il y a de la complémentarité. La physique n’est pas supérieure à la biologie, par exemple. Et la réponse serait pareil si on voulait comparer une science « humaine » avec une science « dure ». Elles ne répondent pas aux mêmes questions, n’ont pas le même angle de vue et potentiellement même, n’ont pas le même objet d’étude. C’est aussi simple que cela.
  2. Et secundo, pourquoi vouloir se séparer de la démarche scientifique ? Certes, la science n’est pas parfaite, mais pourquoi vouloir s’en détacher ? Pourquoi vouloir se mettre forcément dans une position à part, quelles qu’en soient les implications et conséquences ? (mais revenons-en à notre sujet).

Enfin, il y a la place des parents dans les hypothèses psychanalytiques. Là encore, il y a beaucoup à dire (d’autant que cela dépend aussi des courants, même si globalement, la place de la mère reste prédominante, comme pour Winnicott et Klein, par exemple). Mais, pour faire simple, ils sont souvent remis en question, voire accusés, d’être la cause des difficultés (à un niveau généralement inconscient) de leurs enfants à cause de leur état de mal-être.

Je ne vais pas rentrer davantage dans les détails, mais j’ai l’impression qu’ils confondent deux choses : la corrélation et la causalité. Les parents, ayant des problèmes, créent des problèmes à leurs enfants  (= causalité) ? Ou est-ce que les parents ont des soucis parce que leurs enfants en ont ? (par exemple, tristesse, sentiment d’injustice, etc. = corrélation).

Cette question fondamentale est une hypothèse vérifiable, grâce à une démarche scientifique et elle insiste sur un des aspects de développement des individus.

Mais, dans quelle mesure doit-on résumer les problématiques à la place seule des parents ? Et, dans quelle mesure pouvons-nous, raisonnablement, montrer cela par l’inconscient, finalement ? (Car, non seulement la cause serait inconsciente, mais les problèmes ne seraient pas visibles de façon aussi claire).

Pour le comprendre, revenons au modèle biopsychosocial mentionné précédemment. Cette forme d’explication, bien qu’un peu limitée, nous permet de comprendre une brique fondamentale de la psychologie : la pluralité et la complémentarité des angles de vues. Les différents aspects constituant un individu, son développement et son vécu marchent de concert et ne sauraient être dissociés. Cela montre l’importance d’une approche globale, afin de comprendre l’humain (d’où les pseudo-séparations que l’on peut voir lorsque l’on parle de psychologie). Chercher à tout expliquer au travers d’un seul prisme tend à être tout aussi bancal et vain ou réducteur que de se cantonner dans des référentiels irréfutables (car invérifiables). Si vous êtes curieux sur le modèle en question, voici un lien qui pourrait vous êtes utiles.

 

EN CONCLUSION, il est important, quand on utilise une démarche scientifique (ce qui n’est pas le cas de la psychanalyse), de tester ses hypothèses en ayant la possibilité de (re)modeler la théorie, voire d’en construire une autre (ou de savoir quand on ne peut pas conclure) au fur et à mesure du temps (et des éléments nouveaux). La psychanalyse tend à IMPOSER ses réflexions sans les tester par ailleurs, en confondant la cohérence (ou semblant de cohérence, pouvant en outre dépendre de leur référentiel) avec une démarche scientifique (s’appuyant sur la possibilité de remise en question et la complémentarité des approches).

(Merci beaucoup à mes relecteurs qui se reconnaîtront. Sans eux, je n’aurais jamais pu réussir à faire un article avec autant de prise de recul. Surtout, merci d’avoir réussi à me supporter et d’avoir eu autant de patience)

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